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Thomas Chable

Thomas Chable
L’Afrique suspendue

du 25 septembre au 30 novembre 2008

Il y a quinze ans, Thomas Chable rencontrait l’Afrique pour la première fois. Décrire cette relation entre le photographe et le continent africain, c’est un peu comme raconter l’histoire de deux êtres qui se découvrent. Il faut d’abord prendre tout le temps nécessaire, écouter, parler, sentir, échanger et faire un bout de chemin ensemble. C’est ainsi que se déroulent ses premiers voyages, Sénégal, Niger, Mali, Burkina Faso, … durant lesquels il réalise les premières photographies d’Odeurs d’Afrique où transparaissent les saveurs subtiles de la rencontre. Et puis il y a le temps si particulier sur ce territoire, qui ne ressemble à rien que l’on connaisse, qui est «comme un vieil élastique», écrit Thomas Chable, «il s’étire et reprend sa place, repart dans un sens, celui où l’on n’en voit plus le bout, et disparaît. Il n’en reste qu’un ersatz dont on se demande à quoi il tient encore.» (Odeurs d’Afrique, Bruxelles, éditions Contretype/ La lettre volée, 2001). Les photographies de ce premier rendez-vous sont baignées de cette ambiance singulière où l’espace semble aussi indocile que les instants qui passent, quand le cadre glisse vers le hors-champ, s’accroche aux ombres ou à des petits riens fugitifs, découpe les corps pour n’en laisser que des fragments énigmatiques. Après trois années, et «des jours comme ça, à essayer d’attraper la queue du temps…*», le projet Odeurs d’Afrique s’achève en 1997.
En 2001, le photographe apporte un nouveau témoignage sur ces populations en partageant avec elles une autre forme d’intimité, celle des Brûleurs. Cette longue enquête dure cinq ans durant lesquels Thomas Chable va accompagner et partager le quotidien des hommes qui abandonnent tout dans l’espoir d’une vie meilleure en Europe. Depuis la région sub-saharienne, d’où viennent beaucoup d’entre eux, il faut parcourir des milliers de kilomètres et traverser le Sahara pour rejoindre Tanger ou Ceuta, sur la côte marocaine. Ces premiers obstacles franchis, il faut survivre dans des abris de fortune et des hôtels miteux, et tenter le passage clandestin encore et encore. Traverser à nouveau les 500 km du désert marocain, à pied, démuni de tout, quand on est pris par les douaniers, déshabillé et emmené en bus par la police marocaine pour être abandonné à la frontière algérienne. C’est cela «brûler la frontière», risquer pendant des mois, ou des années, la traversée de ce détroit qui fait trois victimes par jour. Mais c’est aussi sacrifier son identité en brûlant ses papiers, car il ne reste comme seule issue que de renaître dans l’exil, sans espoir de retour. Troublantes et émouvantes, ces photographies nous font entrer dans ce monde où le temps n’a plus de repères, où la vie ressemble à un bateau à la dérive, et où les hommes n’ont plus de noms et ne laissent derrière eux que quelques mots gravés sur le fond d’un tiroir dans une chambre d’hôtel, traces dérisoires de leur passage, comme une bouteille à la mer. Aujourd’hui, c’est en Ethiopie, la terre de nos ancêtres à tous, que Thomas Chable a choisi de réaliser le troisième volet de cet essai photographique exceptionnel. Il l’a appelé le site de Lucy, comme un souffle de mémoire qui arrive jusqu’à nous.
Annie-Laure Wanaverbecq

Thomas Chable est représenté par la Galerie Le Réverbère de Lyon

 


Youssouf et Bareth, Bobo Dioulasso, Burkina Faso, 1996
© Thomas Chable

 


Vue de l’installation
© CAVB

 


Vue de l’installation
© CAVB