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Lucien Hervé

Lucien Hervé
Vivants

 

du 10 février au 7 mai 2011

 

Principalement connu pour avoir été le photographe attitré de l’architecte Le Corbusier, de 1949 jusqu’à la mort de ce dernier en 1965, Lucien Hervé est pourtant de ces photographes inclassables dont la créativité s’est exprimée bien au-delà de cette seule activité. Né en 1910 en Hongrie, il arrive à Paris en 1929. Attiré très tôt par le dessin, il met en œuvre cette formation acquise à l’école technique supérieure de Vienne en devenant dessinateur de mode chez le couturier Jean Patou en 1933. Renvoyé deux ans plus tard pour activités syndicales, il se tourne vers le journalisme et commence à pratiquer la photographie à partir de 1938 pour illustrer ses articles. Mobilisé lorsque la guerre éclate et fait prisonnier en 1940, il s’évade un an plus tard pour rejoindre la résistance. Il abandonne alors son nom hongrois, László Elkán, et adopte celui de Lucien Hervé dans la clandestinité, nom qu’il gardera ensuite toute sa vie. Il pratique la peinture, à laquelle il s’est initié pendant sa captivité, afin de couvrir ses activités de résistant et expose à Monte Carlo, Grenoble et au Salon d’Automne de Paris à deux reprises. Après la guerre, il dessine des affiches, crée des décors et des costumes de théâtre. Ses pratiques artistiques, ainsi que ses relations avec de grands artistes, dont son ami Lajos Kassák, jouent un rôle significatif dans sa manière d’interpréter la photographie. Autodidacte, il reste en effet très libre dans son rapport au medium, et donne une place importante au travail en laboratoire, en jouant sur la forme des ombres, en accentuant les contrastes, en expérimentant différents cadrages d’une même vue et en faisant des choix de recadrages serrés et obliques. En 1947, pour France Illustration et Point de Vue notamment, il est photographe spécialisé dans les arts plastiques. Puis sa rencontre avec Le Corbusier en 1949 marque un tournant décisif dans sa carrière qui sera liée désormais non seulement à celle du célèbre architecte, mais aussi aux plus grands d’entre eux, Niemeyer, Aalto, Prouvé, Nervi, Gropius, Neutra, … 
Lucien Hervé parcourt le monde pour y photographier les plus belles architectures, du passé ou en cours de réalisation, mais son regard bienveillant s’attarde toujours sur les hommes qu’il rencontre. Perdus dans un petit coin de l’image, ou simplement suggérés par une ombre ou un fragment de corps, les êtres vivants (ce terme est emprunté à Lucien Hervé qui classait  certaines boîtes de photographies sous cette appellation) habitent de manière récurrente ses photographies. Emu par les gens simples, les enfants ou les hommes au travail, Lucien Hervé va nourrir son œuvre de cet humanisme discret et constant. Conscient de cette étroite imbrication, il écrivait d’ailleurs, en 1970, dans la préface de son livre Le beau court la rue : « La vie est tumultueuse et présente en tout. Même la nature morte porte témoignage de la vie, des gestes, des intentions, des harmonies, des absences, des drames. Le plus que nous pouvons espérer, c’est de faire naître une vague idée du tout, en cernant souvent un détail minime. »
Annie-Laure Wanaverbecq

Exposition conçue avec la participation de la galerie Camera Obscura, Paris

 


L’Unité d'habitation (Le Corbusier), Marseille, 1949
© Lucien Hervé. courtesy galerie Camera Obscura

 


Visiteurs anglais, gare du Nord, 1949
© Lucien Hervé. courtesy galerie Camera Obscura

 


Vue de l’installation
© CAVB