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Isabel Muñoz

Isabel Muñoz
Danzas

du 28 février au 4 mai 2003

Depuis plus de vingt ans, Isabel Muñoz questionne le corps, le mouvement, l’érotisme et leurs représentations. Elle s’est attachée, pour mieux traduire la précision du geste, à fragmenter les corps avec une acuité du regard qui qualifie instantanément ses images. Fascinée par la danse, elle s’est portée plus particulièrement sur celles qui traduisent une culture populaire comme le tango, le flamenco, la danse khmère ou orientale. Son approche photographique découvre la dimension sculpturale des corps.

Entre corps et espaces, les danses nous convient à partager des émotions et à lire, au-delà de la simple évolution, des dramaturgies, des tensions, des narrations. Elles appellent, de la même façon qu’elles sont un défi à l’équilibre et un exercice d’arythmie, la gageure de leur représentation immobile. Et elles convoquent, tout naturellement, une photographie qui ne cesse, comme elles, de se confronter au temps, à la nature de leur objet, à la pertinence de la transcription. Danse, corps, photographie, temps, espace, discours, les éléments sont installés, mais leur organisation sait rester mystérieuse. Pour que la fascination reste intacte, il faut que le questionnement perdure. Pour que le discours soit vraiment amoureux, il faut que le silence se fasse ou que l’objet disparaisse et laisse, parfois, apparaître l’image.(…)

Si Isabel Muñoz tient à réaliser elle-même ses tirages au platine de très grandes dimensions, c’est qu’eux seuls lui permettent de restituer son émotion face au grain de la peau jouant avec une cotonnade. S’ils sont extrêmement beaux et d’une sensualité sans pareille, les tirages d’Isabel Muñoz ne sont pas un habillage décoratif, séduisant ou pictorialiste de ses images, mais l’aboutissement cohérent de ses prises de vue, la dernière étape de son travail de photographe, une indispensable touche dont la réalisation complexe n’est qu’une anecdote. Pourtant, après avoir sélectionné ses images, Isabel Muñoz, pour ses tirages, effectue un véritable travail de titan. Les tirages au platine sont en effet obligatoirement réalisés par contact. Elle doit donc fabriquer des négatifs de plus d’un mètre, qu’elle pose ensuite sur le papier, préalablement enduit au pinceau d’une gomme photosensible contenant des sels de platine. La prouesse technique, qui existe bel et bien, est simplement au service d’un point de vue. En regardant ses tirages aux tonalités brunes et mordorées, nous avons toujours envie de les toucher, avec l’illusion que nos doigts, rencontrant le grain du papier se fondant avec celui de la peau, sentiront palpiter le rythme de la danse et l’appel du désir. Nous le faisons par le truchement du regard.
Annie-Laure Wanaverbecq

Isabel Muñoz est représentée par l’Agence Vu.

 


Vue de l’installation
© CAVB

 


Vue de l’installation
© CAVB

 


Vue de l’installation
© CAVB