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Henriette Grindat

Henriette Grindat

Photographies

du 27 octobre 2011 au 29 janvier 2012

Née en Suisse en 1923, Henriette Grindat entreprend une formation de photographe en 1943 à Lausanne, sous l’égide de Gertrude Fehr (Gertrude Fehr (1895-1996) est d’origine allemande. Elle fuit le nazisme en 1933 et fonde à Paris une école de photographie, Publiphot. Installée à Lausanne en 1939, elle y créée à une école privée qui sera réputée et formera entre autres les photographes Bruno Barbey, Lux Chessex et Jean-Loup Sieff), et la termine en 1946 à Vevey. Installée à Paris en 1948, elle y rencontre, entre autres, Raoul Ubac, Brassaï, André Breton, Michel Butor, Chris Marker et Alain Resnais. Ses affinités avec les arts, et particulièrement la littérature et la poésie, s’affirment et demeureront constantes tout au long de sa vie. Sa carrière démarre en 1949 avec sa première exposition qui se tient à la librairie La Hune (fondée par Bernard Gheerbrant en 1944, elle accueille des conférences et des expositions, et présente entre autres les œuvres d’Henri Michaux, André Masson, Max Ernst et Marcel Duchamp)à Paris. Elle y présente des œuvres marquées par le surréalisme qui sont bien accueillies par la critique et remarquées par Breton et Ubac. La même année, elle publie un portfolio dans la revue Camera. Expositions, publications et commandes vont alors se succéder, et cet élan créateur est stimulé par sa rencontre avec le graveur Albert-Edgar Yersin (1905-1984) qui restera son compagnon jusqu’à la fin. Les années cinquante sont particulièrement fécondes avec, en particulier, la série réalisée à L’Isle-sur-la-Sorgue dont naîtra le livre La Postérité du Soleil (les textes sont écrits par rapport aux images, et Albert Camus en écrit trente en 1952 ; mais le livre ne sera édité qu’en 1965, soit cinq ans après la mort de l’écrivain, chez l’éditeur genevois Edwin Engelberts) pour lequel Albert Camus et René Char écrivent les textes. A cette époque, Henriette Grindat se tourne vers de nouvelles sources d’inspiration, commence à voyager – Algérie, Espagne, Italie, Egypte, Liban, Grèce, Turquie, Soudan, etc.-  et s’ouvre à la réalité du monde. Elle adopte une forme de reportage très personnelle où l’aspect documentaire est bousculé par un traitement souvent inattendu. Les personnages sont rares, quelquefois simplement suggérés par une silhouette éloignée ou une ombre. L’objectif explore les matières et les reflets, vagabonde dans les ruelles et les paysages. Son goût pour les ambiances mystérieuses et poétiques la pousse à privilégier la vue trouble et inversée d’un reflet à la surface de l’eau plutôt que l’exactitude banale d’une vision frontale. Elle pratique le recadrage qui peut accentuer ces effets, maîtriser la géométrie et souligner l’abstraction, et elle va parfois jusqu’à retourner le tirage. Mais elle sait capturer aussi très spontanément les bizarreries qui s’offrent à son regard, tel un mannequin à masque de lion portant sa tête sur la pointe du pied, ou une improbable vitrine où règne un chaos insolite. Forte personnalité, forgée en partie sans doute par une infirmité laissée par la poliomyélite contractée à l’adolescence, Henriette Grindat est de ces photographes inclassables, exceptionnels par leur anticonformisme tant dans leur vie personnelle que dans leurs réalisations.
Annie-Laure Wanaverbecq

Exposition réalisée en collaboration avec la Fondation Suisse pour la Photographie

 


Henriette Grindat. Vers Alésia, Paris, vers 1950
© Fotostiftung Schweiz / ProLitteris

 


Henriette Grindat, Lausanne, vers 1950
© Fotostiftung Schweiz / ProLitteris

 


Henriette Grindat, Ibiza, 1964
© Fotostiftung Schweiz / ProLitteris